Et si on leur disait d’abord merci?

 

Nous tenons à vous faire partager le bel édito du 27 septembre 2019 de Karine Etter, directrice et rédactrice en cheffe du journal Agri

 

L’agriculture est mise sur la sellette. Qualifiés impunément d’empoisonneurs, de pollueurs, du sol, des eaux, de l’air, et j’en passe, accusés de détenir trop d’animaux à la surface et de pratiquer une production intensive intolérable, les paysans sont devenus les boucs émissaires d’une société avide de racheter sa bonne conscience en clouant au pilori une profession exposée au grand jour.
Et pourtant, les agriculteurs sont les bienfaiteurs du confortable bien-être atteint par le Suisse lambda. Grâce au travail de ces serfs des temps modernes, qui s’échinent à la tâche sans connaître à l’avance le salaire de leur peine, les dépenses alimentaires ont pris une part de moins en moins importante dans les budgets des ménages. Alors que nos grands-parents consacraient plus de 40% de leur revenu au contenu de leur assiette, aujourd’hui la nourriture n’occupe qu’une part congrue – moins de 10% – des frais courants quotidiens. A peine davantage que les montants déboursés pour les vacances et loisirs si chers à nos concitoyens, lancés sur les routes dès qu’un week-end se prolonge d’un jour.
La pression continue sur les prix des produits agricoles a permis aux distributeurs de se graisser la patte et de bâtir des empires commerciaux aux activités de plus en plus diversifiées. La population a elle aussi tiré parti de cette situation. L’offre en produits alimentaires s’est élargie, la qualité s’est améliorée, mais au prix d’une standardisation et d’une industrialisation croissantes maintenant décriées.
A qui la faute? Sous la pression des exigences des acheteurs, l’agriculture s’est pliée en quatre pour répondre aux attentes et aspirations protéiformes des uns et des autres. Elle n’avait pas vraiment le choix. Lui reprocher unilatéralement un système dont elle est la première victime – plus de 1000 exploitations disparaissent chaque année en Suisse – relève de la pure hypocrisie. Lui imposer des changements à coups de slogans simplistes et accusateurs, sans tenir compte d’une réalité globale dans laquelle chacun est impliqué, ne fera que condamner les acteurs d’un monde agricole pourtant prêt à dialoguer, à s’améliorer et à innover.
Les familles paysannes méritent notre respect et notre gratitude plutôt que des attaques stigmatisantes qui démotivent leur action dans la cause commune d’une production indigène la plus durable possible.